Viens
chérie, allons nous coucher. Le lit, fidèle,
nous attend, la couette, les oreillers, un baiser et l’on
s’endort, chacune de part et d’autre d’une
ligne invisible. Je l’aurais volontiers enlacée
un instant mais je l’ai dit, j’ai eu une dure
journée. Et puis, j’ai mal au ventre, mes règles
vont venir. Un autre week-end passe, moi à Paris,
elle chez ses parents. Ça se goupille mal tout ça,
j’ai un mariage le samedi d’après et
je ne peux l’emmener, ma famille est homophobe. Non,
la voilà qui à son tour a ses règles.
C’est une conspiration! Et mon patron qui ne me lâche
pas et m’envoie en congrès. La voiture tombe
en panne, Mathilde est coincée au fin fond de la
banlieue et dormira chez sa cousine… Trois semaines
que nous n’avons pas fait l’amour. Trois ou
quatre? Non, ça fait cinq. Que le temps passe vite…
Il faut réactiver la pompe, j’aime Mathilde,
cré nom de nom, et quand j’aime, je ne m’abstiens
pas! Je m’avance vers elle, l’œil brillant
de concupiscence en me frottant déjà les mains.
Elle me regarde, candide, et me demande ce que je veux.
Ce que je veux? Mais c’est pourtant clair, et mon
œil en atteste : je te veux toi, tes fesses, tes seins
et le minou qui va avec! Elle ne comprend pas, ne les ai-je
déjà? Cela reste virtuel… Mais non c’est
passager, c’est la vie qui veut ça. Et bien
moi, de cette vie, Mathilde, je n’en veux pas: on
s’aime, on se désire et mon corps est en manque.
Mathilde me sourit, nos langues se retrouvent et sur le
canapé nos sens dessus dessous.
On a eu chaud. La parole libère l’envie mais
le doute s’installe. Il faut faire attention, prévenir
plutôt que guérir, le désir est si fugace,
je le place sous surveillance. J’y pense. Je vais
chez le dentiste et tombe sur un magazine féminin
[Isa, mars 2001] : «Comment ne pas s’ennuyer
au lit au bout d’un an, deux ans, cinq ans ou dix
ans?». Drôle de question, avec Mathilde, je
ne m’ennuie pas! Ces marchands de papier n’y
comprennent rien à rien. Quoi que… autre hypothèse:
le désir est toujours là, enfoui dans le bas-ventre,
mais l’imaginaire, c’est vrai, stationne en
côte. Panne sèche. La caresse est habile, mais
finalement très convenue; la jouissance s’amenuise,
elle est sans grande surprise. Surprendre. Prendre au-dessus.
Au-dessus de quoi? L’amour n’a pas de loi.
Si, il en a une : avec le temps va, le désir s’en
va… Ras le bol des poètes! Il faut faire quelque
chose, que la cyprine fuse, éclabousse nos corps,
envahisse nos âmes, inonde notre quotidien de ses
effluves, que l’on retrouve enfin ce printemps où
l’étreinte était reine. Sus aux charentaises!
Haro sur les convenances! Le désir a besoin que l’on
s’interroge sur les bonnes manières. Mathilde,
de quoi as-tu envie? Énumère tes fantasmes,
je te dirai les miens. Osons l’inavouable. Et c’est
reparti pour un tour, assises, debout, couchées,
matin, midi et soir, dessus, dessous, dehors, dedans, et
le tout, inversement. Quel manège! J’attrape
la queue du Mickey et on recommence. Encore et en corps,
nos nymphes explosent et feu l’artifice! Le sexe,
c’est étrange, à force de le provoquer,
m’inspire du dégoût.
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